Confrontée à la flambée mondiale du coût de la nourriture, l'ONU se prépare au pire. " Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face ", prévient une note interne de l'ONU dont Le Monde a obtenu une copie. Elle recommande la mise sur pied de " plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines ", jusque-là peu touchées par la malnutrition.
D'après ce document de travail, la hausse des prix, qui pourrait se révéler non pas passagère mais " structurelle ", risque de plonger dans l'" insécurité alimentaire " des millions de personnes. Et la communauté humanitaire manquera de moyens et d'expertise pour leur porter secours.
Selon le " mémo " de neuf pages produit par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l'ONU devra répondre aux besoins de " nouveaux groupes de population " à un moment où il y aura " moins de nourriture à distribuer ". Pour cause d'augmentation des prix des aliments et de l'énergie, les agences humanitaires reçoivent moins de dons en nature et doivent dépenser plus pour acheter de la nourriture et la distribuer.
Parmi les défisqui attendent l'ONU et qui ne doivent pas être sous-estimés, figure aussi le durcissement de crises locales causé par des " émeutes de la faim ", comme celles qui ont secoué l'Egypte, la Mauritanie, le Mexique, le Maroc, la Bolivie, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie...
La production agricole augmente, mais moins vite que la demande SI RIEN N'EST FAIT, les émeutes liées à la flambée des prix alimentaires vont s'étendre dans le monde. " La vérité, c'est que, déjà, des gens meurent dans ces émeutes (...) Mais ils ne se laisseront pas mourir sans rien faire. Ils réagiront ", a prévenu, vendredi 11 avril à Rome, le directeur général de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf. De fait, confrontés à la flambée des cours (ceux du blé et du riz ont doublé en une année), les réactions violentes se multiplient et menacent la stabilité de dizaines de régimes par ailleurs souvent contestés, en particulier en Afrique. Des troubles ont éclaté récemment à Haïti, au Cameroun, au Mexique... La liste des pays touchés est longue. La FAO a recensé une trentaine de pays pour lesquels la hausse des prix alimentaires est dramatique. Sur ce total, près d'un pays sur trois est confronté à des problèmes politiques (guerre civile, insécurité générale). Les raisons de la crise.
Les " émeutes de la faim " gagnent les rues dePort-au-Prince Des violentes manifestations contre la vie chère se sont étendues, mardi 8 avril, dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où des casques bleus brésiliens ont déployé des blindés légers pour protéger le palais présidentiel. Une quinzaine de personnes ont été blessées par balles, un véhicule de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) a été incendié et plusieurs commerces ont été pillés. Depuis le début des " émeutes de la faim ", le 3 avril dans la ville méridionale des Cayes, cinq personnes ont été tuées et une cinquantaine d'autres blessées lors de violents affrontements avec la police haïtienne appuyée par les casques bleus. Les prix des denrées de base, le riz, le maïs et le sucre, se sont envolés ces dernières semaines. Mardi, des groupes de manifestants très excités ont tenté d'enfoncer, à l'aide de poubelles, les grilles de l'imposant palais présidentiel, au centre de Port-au-Prince. Un photographe, Jean-Jacques Augustin, et un cameraman, Leblanc Makenzy, ont été blessés par des balles en caoutchouc tirées par les soldats onusiens pour disperser les manifestants. Des groupes de casseurs ont endommagé de nombreux véhicules et attaqué à coup de pierres les locaux du quotidien Le Matin, dans la banlieue résidentielle de Pétionville. Des barrages de pneus enflammés ont interrompu la circulation dans les quartiers populaires de Martissant, de Fontamara et de Cité Soleil, où des manifestants réclamaient la démission du président René Préval.
Manifestations contre la vie chère violemment réprimées en Côte d'Ivoire et au Sénégal A Dakar et Abidjan la police a violemment réprimé des manifestations contre la vie chère. Abdoulaye Bathily, un des leaders de l'opposition sénégalaise, a récemment déclaré qu'en raison de la pauvreté grandissante et du non-respect des droits humains constatés au Sénégal, le pays était aujourd'hui « une bombe qui pourrait exploser à tout moment ».
Le prix du riz à son plus haut depuis vingt ans. Les Philippines et l'Égypte prennent des mesures.
En 25 ans de métier, ce courtier en riz parisien n'a jamais vu ça : impossible depuis plusieurs semaines d'obtenir de ses vendeurs thaïlandais les quantités réclamées, et même des indications de prix ferme. «Ils préfèrent retenir leurs stocks en attentant que les prix grimpent», s'agace ce professionnel. Le raisonnement des vendeurs est simple : pourquoi vendre aujourd'hui alors que demain on pourra obtenir mieux. Jeudi, la tonne de riz a fait un bond de 31 % à 760 dollars, soit un doublement depuis le début de l'année, soit un quadruplement sur cinq ans. «Tous les opérateurs craignent une pénurie de riz en 2008», s'alarme l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (Onigc), dans son dernier bulletin mensuel.
Les conséquences ne sont pas encore visibles de ce côté de l'Atlantique. En dehors des Italiens, amateurs de risotto, et des Espagnols, champions de la paella, l'Européen est un consommateur moyen : 4,5 kg de riz blanc en moyenne par an.
Il en va autrement en Asie où chaque habitant consomme annuellement 60 kg de riz blanc. Un riz qui menace de manquer bientôt aux Philippines où près de 80 % de la population en mange au petit déjeuner. À Manille, les stocks du pays sont tombés au plus bas depuis un quart de siècle. Le pays ne peut pratiquement plus développer la surface de ses rizières, alors que sa consommation augmente au rythme de sa population qui galope à la vitesse de 1,8 % par an.
La « crise du pain » facteur d'instabilité politique
(Ap) - Le gouvernement égyptien fait aujourd'hui face à une crise politique directement liée à la hausse des prix des denrées alimentaires. Des émeutes ont récemment éclaté à des points de vente de pain subventionné, obligeant le président Hosni Moubarak à appeler l'armée en renfort pour élargir la distribution.
Cette crise, qui frappe le pays arabe le plus peuplé du monde, apporte la démonstration de l'instabilité que peuvent provoquer des aliments trop chers dans les pays les plus pauvres. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a du reste appelé lundi la communauté internationale à apporter une assistance d'urgence pour remédier à cette situation potentiellement explosive. Le pain traditionnel, à la fois plat et rond, constitue l'élément de base du repas en Egypte. Les pénuries de pains subventionnés, vendus moins d'un centime d'euro pièce, entraînent la formation de longues files d'attente devant les boulangeries et, fatalement, des violences dans les quartiers les plus déshérités. Ces dernières semaines, au moins sept personnes ont trouvé la mort en attendant d'acheter leur pain. Selon la police, deux ont été tuées à l'arme blanche lors de rixes entre clients, les autres sont mortes d'épuisement.
La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de l'assistance médicale à la procréation, estime indispensable d'autoriser la pratique de la gestation pour autrui (GPA) en France.
La gestation pour autrui (GPA), qui s'adresse en premier lieu aux femmes présentant une pathologie utérine, va-t-elle entrer dans l'arsenal courant de la lutte contre la stérilité ?
Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d'une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d'ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère "d'intention" (qui élèvera l'enfant), la mère "génétique" (qui donnera l'ovocyte si besoin est) et la mère "gestatrice", terme aujourd'hui préféré à celui de "mère porteuse". Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d'autant plus se développer que personne, aujourd'hui, ne supporte l'infertilité. Pas plus les médecins "fivistes" que les couples parentaux.
La France, où la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994, est-elle en retard ?
Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd'hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d'entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l'ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l'Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.
Vous figurez parmi les rares psychanalystes à vous prononcer pour la GPA. Pourquoi estimez-vous urgent, en France, de légiférer à nouveau sur ce point ?
Situé juste à l'entrée de Sainte-Luce en venant de Fort-de-France, le "Ti paradis est planté sur le coteau et offre donc une vue sans égale sur la baie qui se préllasse à ses pieds. On déjeune et on dîne à la carte. Pas de menu imposé, ni proposé. D'emblée on constate que les prix ne sont pa spécialement donnés. Les entrées varient entre 12 et 21 euros, les plats de résistance entre 20 et 35 euros pour la langouste, les desserts varient entre 8 et 14 euros. Bon c'est pas tous les jours dimanche.
La sexualité féminine a toujours été pensée à partir de paramètres masculins. Ainsi l'opposition d'activité virile clitoridienne / passivité féminine vaginale dont parle Freud - et bien d'autres... - comme étapes, ou alternatives, du devenir une femme sexuellement « normale » semble un peu trop requise par la pratique de la sexualité masculine. Car le clitoris y est conçu comme un petit pénis agréable à masturber tant que l'angoisse de castration n'existe pas (pour le petit garçon), et le vagin tire son prix comme « logis » du sexe masculin quand la main interdite doit se trouver un relais pour le plaisir. Les zones érogènes de la femme ne seraient jamais qu'un sexe-clitoris qui ne soutient pas la comparaison avec l'organe phallique valeureux, ou un trou-enveloppe qui fait gaine et frottement autour du pénis dans le coït: un non-sexe, ou un sexe masculin retourné autour de lui-même pour s'auto-affecter.
Du plaisir de la femme rien ne se dit dans une telle conception du rapport sexuel. Son lot serait celui du « manque » de l' "atrophie « (du sexe)", et de - " l'envie du pénis " comme seul sexe reconnu valeureux. Elle tenterait donc par tous les moyens de se l'approprier : par son amour un peu servile du père-mari susceptible de le lui donner, par son désir d'un enfant-pénis de préférence garçon, par l'accès au valeurs culturelles de droit encore réservées au seuls mâles et de ce fait toujours masculines, etc. La femme ne vivrait son désir que comme attente de posséder enfin un équivalent du sexe masculin.
Rencontre Adoption est née il y a trois ans. Je l'ai créée, avec l'aide d'une amie, car je voulais aider les enfants, restés dans les crèches, grâce au parrainage. Deux adoptantes et un adoptant nous ont suivis dans ce projet. Nous avons donc commencé à cinq personnes seulement : Une trésorière, deux coordinatrices des parrainages -pour la Fondation des Enfants d'Haïti- un adoptant, et moi-même en tant que président. Nous avions tous adopté nos enfants à la FEH. J'ai lancé la première rencontre amicale dans le Gers, et nous avons eu plus de 120 inscriptions de personnes venues de la France entière ! La directrice de la crèche -Fondation des enfants d'Haïti- est venue pour cette première. Nous avons alors pu compter 10 parrainages, c'était un début !
La présence d'une école de l'Art dans un pays qui cherche à se construire est essentielle. Les lieux de l'Art sont ceux de la liberté, de la créativité libre, de l'audace conceptuelle, de l'insurrection des imaginaires. Ce sont donc des lieux de résistances — de celles qui dépassent les impossibles d'un réel et qui fournissent à notre futur sa plus sûre origine. Ce sont les lieux de la beauté, donc du renouvellement constant par lequel les hommes et les cultures fondent leur vision du monde et les projections qu‘ils peuvent y déployer. Ces lieux sont essentiels à la prise en main de ce que nous voulons ou que nous saurons être. Dans une politique culturelle, les lieux de l'Art, et singulièrement celui de l'école, sont de l'ordre du vital.
C'est pourquoi on ne saurait l'abandonner à l‘appétit d'un potentat dérisoire, dont la seule perspective est de s'assurer un pré-carré, voire un petit joujou, et d'invalider non seulement tout projet pédagogique mais la présence de celui ou de celle qui saurait le mettre en œuvre, à savoir d'un directeur, responsable devant le Conseil d'Administration, mais disposant d'une pleine autonomie de gestion et de mise en œuvre.
Le récent conflit des contrats aidés a révélé un certain nombre d'attitudes qui posent un certain nombre de questions. Ce conflit et ce qu'il révèle des uns et des autres, de la société et de ses idéologies rampantes devraient nous éclairer et nous servir de guide dans nos réflexions et dans nos actes.
Exploitation d'un sujet politique ou défense des personnels ?
La première question qui se pose concerne le mélange des genres : en quoi les associations de parents d'élèves peuvent-elles se saisir de problèmes de postes sinon pour réclamer que l'école fonctionne convenablement pour leurs enfants et que des personnes compétentes soient mises en poste pour assurer le bon déroulement du service public ?
La deuxième question concerne la récupération politique des problèmes syndicaux. Il faudra qu'on nous explique comment une collectivité, le Conseil Général en l'occurrence, peut se permettre dans un show médiatique d'opposer ses syndicats maison à la FSU défendant les contrats aidés au motif que si on fait ce que finalement on fera on mettra la clé sous la porte. Il faudra aussi qu'on nous explique comment une autre collectivité, la Région en l'occurrence, peut annoncer qu'elle paie son personnel Tos en grève même s'il (ou puisqu'il ?) est en grève contre des mesures qui proviendraient de l'Etat.
L'institut Régional d'Art Visuel de la Martinique ( I.R.A.V.M.) se trouve dans une situation très difficile voire désastreuse. Confronté à l'incontournable nécessité de se renouveler en profondeur du fait des réformes européennes de l'enseignement supérieur, ce jeune établissement d'à peine vingt-quatre ans végète pourtant et vit au jour le jour. Les élus du Conseil Régional qui en ont la charge, méprisant sans aucun doute l'art et plus généralement tout ce qui invite à penser, pratiquent l'immobilisme et se contentent de gérer les affaires courantes.
Les enseignants ont toutefois obtenu le départ du directeur en juillet 2007 mais depuis aucun concours n'est organisé pour le remplacer. Une direction intérimaire a bien été nommée mais elle n'a pas la compétence pour penser un nouveau projet pédagogique et n'est pas indépendante par rapport au pouvoir politique.
Ce qui caractérise la perversion ce n'est pas d'être dans le mal, c'est de jouir du mal. Autrement dit, certains criminels – qui font le mal – ne sont pas pervers parce qu'ils n'en jouissent pas. Il y a aussi des pervers qui jouissent du mal sans être spécialement des criminels, et qui finissent par jouir du bien. La figure est réversible
Aussi étrange que cela puisse paraître, il n'existait pas à ce jour d'histoire des pervers en librairie. Non une histoire de la perversion, déjà étudiée par les psychanalystes, mais bien des pervers qu'ils fussent appelés anonymes, misérables, minuscules, infâmes, antiphysiques ou pervers. C'est dire si l'essai historique d'Elisabeth Roudinesco La part cachée de nous-mêmes (229 pages, 18 euros, Albin Michel) était espéré sinon attendu. De nos jours, l'adjectif est aussi galvaudé que le nom et il courant que “perversité” soit employé en lieu et place de “perversion”. Celle-ci a la particularité de pouvoir être considérée comme sublime ou abjecte selon l'angle de vue : artistique, créateur ou lystique, et donc fécond, il est sublime ; mais lorsqu'il n'aboutit qu'à la satisfaction d'une pulsion de mort, il est abject. On voit par là que l'affaire est risquée pour celui qui se lance dans une anthopologie culturelle du bonheur dans la destruction, cette jouissance du mal que l'on s'inflige ou que l'on fait subir à l'autre dans un débordement de sens. Dans une langue très fluide exempte de jargon médical ou psychanalytique, Elisabeth Roudinesco montre bien comment la perversion est cette chose chachée en nous que nous refusons de voir, la face nocturne de l'homme.
L'Afrique est un continent qui n'a pas encore véritablement entamé la dernière partie de sa transition démographique : la baisse de la fécondité - le nombre d'enfants par femme - n'a pas encore eu lieu. D'où cette croissance démographique forte qui va se poursuivre au cours du XXIe siècle. Aujourd'hui, l'Afrique subsaharienne, c'est 12 % de la population mondiale. Au milieu du siècle, elle représentera 19 %, soit près de 2 milliards d'habitants, contre 760 millions aujourd'hui.
Il y a encore des hommes pour qui la grève est un /scandale/ : c'est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature. /Inadmissible/, /scandaleuse, révoltante/, ont dit d'une grève récente certains lecteurs du /Figaro/ . C'est là un langage qui date à vrai dire de la Restauration et qui en exprime la mentalité profonde ; c'est l'époque où la bourgeoisie, au pouvoir depuis encore peu de temps, opère une sorte de crase entre la Morale et la Nature, donnant à l'une la caution de l'autre : de peur d'avoir à naturaliser la morale, on moralise la Nature, on feint de confondre l'ordre politique et l'ordre naturel, et l'on conclut en décrétant immoral tout ce qui conteste les lois structurelles de la société que l'on est chargé de défendre. Aux préfets de Charles X comme aux lecteurs du /Figaro/ d'aujourd'hui, la grève apparaît d'abord comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève, c'est "se moquer du monde", c'est-à-dire enfreindre moins une légalité civique qu'une légalité "naturelle", attenter au fondement philosophique de la société bourgeoise, ce mixte de morale et de logique, qu'est le /bon sens/.
Longtemps perçue comme l'antenne des DOM-TOM, baignée de parfums exotiques et confrontée à des problèmes étrangers à ceux de la métropole, la chaîne, installée depuis septembre sur la TNT francilienne, veut devenir " l'aiguilleur de sens de la diversité " pour le service public.
LA diversité est son maître mot. Depuis le 24 septembre, date officielle de son installation en Ile-de-France sur la TNT (télévision numérique terrestre), France Ô exprime cette singularité avec une détermination rare dans le paysage audiovisuel français. Longtemps perçue comme l'antenne de l'outre-mer, seule baignée de parfums exotiques et confrontée à des problèmes étrangers à ceux de la métropole, elle est en train de devenir l'" aiguilleur de sens de la diversité " pour le service public, selon les termes de Luc Laventure, directeur des antennes TV de Radio France outre-mer (RFO) auquel appartient France Ô.
Animateur sur France Ô d'un débat quotidien baptisé "Toutes les France", Ahmed El Keiy se présente en champion de la diversité, à l'image d'une chaîne qui joue un rôle pionnier dans ce domaine."J'ai le souci de faire venir sur mon plateau des invités issus de tous les univers et de toutes les composantes de notre société", souligne ce journaliste de 40 ans, né au Caire, lors d'une rencontre avec la presse. Il se déclare "fatigué" de voir toujours les mêmes spécialistes, en général blancs de métropole, se succéder d'une chaîne à l'autre.Lancée en septembre, au moment ou France Ô s'installait sur la télévision numérique terrestre (TNT) en Ile-de-France, "Toutes les France" réunit quatre fois par semaine, du lundi au jeudi, de 19H45 à 20H30, sur un plateau dépouillé, quatre invités, "reflets de la société française", pour débattre sur un thème d'actualité.A ce rythme, Ahmed El Keiy, par ailleurs rédacteur en chef de la radio Beur FM, a accueilli sur son plateau près d'une centaine d'invités."Je choisis mes invités en fonction du sujet, et non pas de la couleur de leur peau", souligne-t-il.
Télévision . Après son intégration à France Télévisions et la mutation de sa chaîne satellitaire en France Ô, RFO attend son portage sur la TNT.
France Ô est « une chaîne avec des accents », avaient dit les responsables pour couper court au détournement en « France zéro ». L'accent faisait la différence. Lancée le 25 février 2005, la nouvelle venue est le fruit d'une mutation de RFO Sat. France Ô est ainsi devenue la dixième station du Réseau France outre-mer (RFO). Au départ, c'était « une volonté de rendre visible ce que faisaient les stations ». Le temps était venu pour RFO Sat, qui était alors un programme de quatre heures puis de six, de se transformer. Depuis un an, France Ô est venue combler un manque au sein de la société française. C'est une belle et nouvelle chaîne qui n'existe pas outre-mer. Une télévision dont la cible est le public métropolitain. C'est « une nouveauté dans l'histoire de RFO qui a été conçue pour couvrir l'outre-mer ».
La cinquième conférence du cycle sera animée par le Dr Emmanuel GORDIEN, directeur du centre de généalogie du CM98 et sera intulée : "Comment j'ai retrouvé mes parents qui ont vécu au temps de l'esclavage". Début de la saga familiale dimanche 24 février2008, à 14H30, au 8, rue de la Boulangerie à Saint-Denis. Présentation
Le Dr. GORDIEN nous relatera l'histoire des familles COLIN et GORDIEN depuis les premiers temps à Port-Louis en Guadeloupe. Le fil conducteur en est le grand père de l'auteur, Nerville GORDIEN dit Sétout, ayant vécu à Monroc au Port-Louis de 1873 à 1956, lui-même, petit-fils de l'esclave Georges dit Bourriqui numéro 2668, déporté d'Afrique et fils de l'esclave Denis, numéro 2730. L'auteur tient cette histoire de son père, Denis GORDIEN, 86 ans. Toutes les données rapportées ont été vérifiées par un travail systématique de généalogie effectué aux archives à Guadeloupe et à Paris. A propos de l'intervenant
Docteur en médecine et en sciences, maître de conférences des universités et praticien hospitalier en virologie au CHU Avicenne à Bobigny, Emmanuel GORDIEN est également un militant associatif. Il a présidé l'association générale des étudiants Guadeloupéens (AGEG), co-organisé la marche du 23 Mai 1998 et co-fondé le CM98, dont il est un des vice-présidents. Il dirige le centre de généalogie du CM98 qu'il a créé, dont l'objectif est de permettre à tout Français descendant d'esclave de retrouver les esclaves et les libres de couleurs qui ont fondé sa famille.
Bibliographie conseillée:
·Guide des sources de la traite négrière de l'esclavage et de leurs abolitions ; Claire SIBILLE. Documentation française
·Les noms de famille d'origine africaine de la population martiniquaise d'ascendance servile ; Guillaume DURAND – Kinvi LOGOSSSAH. L'Harmattan.
Informations pratiques
Dimanche 24 février 2008, à 14H30, Salle Saint-Denis, 8, rue de la Boulangerie, 93200 Saint-Denis Métro ligne 13, station Saint-Denis-Basilique Participation aux frais : 2€
Une flamboyante méditation poétique de Patrick Chamoiseau
Une journée de désœuvrement pour court-circuiter le temps et penser l'impensable qu'est l'esclavage, le "déshumain" dans l'humain. Voilà la tâche que s'est impartie Patrick Chamoiseau dans son dernier livre. Non, ce n'est pas un roman, ni un essai, ni un journal. C'est une fiction en train de s'écrire et de se détruire en même temps, c'est surtout un poème.
Patrick Chamoiseau a toujours eu des difficultés à contenir dans les limites du roman l'expansion de son imaginaire. Plus sensuel que son maître Edouard Glissant, plus rigoureux que son complice créole Raphaël Confiant, il se réclame de Faulkner, auquel il rend ici un hommage appuyé, subtil, justifié. Et notamment du Bruit et la fureur et de ses " touchers de conscience ", pour reprendre l'expression de Glissant. " Il abordait l'emmêlement des consciences dans cette damnation du Sud esclavagiste qui échappait aux perceptions. Il abordait aussi cet incertain identitaire qui surgit chaque fois qu'un vivant se voit forcé de faire face au tragique. "
Deux remarques préalables : d'abord, Undimanche au cachot, je vais y revenir, ne se donne pas au lecteur comme un objet interrogeable de haut ni de loin depuis un observatoire critique, mais place bien plutôt d'emblée le lecteur lui-même au cœur même du livre en en faisant un simple personnage. En sorte que Chamoiseau frappe par avance, sinon d'impossible, du moins de ridicule toute lecture critique de son roman, lequel n'a pas de mots assez durs contre les « verbiages du lecteur. » Ensuite, une œuvre vit d'une infinité de lectures, non seulement de la multiplicité de lecteurs qui s'y exposent, mais de la multiplicité de lectures dont est capable un même lecteur à différents moments de son existence. Si bien que mon ambition sera ici de n'être pas tant Le lecteur d'Un dimanche au cachot qu'un simple patient de cette œuvre parmi une infinité d'autres possibles.
Avec The Score (1997), deuxième opus des Fugees, le groupe dont il était la tête pensante au côté de Lauryn Hill et de Pras, Wyclef Jean détient encore - avec environ 15 millions d'exemplaires écoulés - le record de l'album le plus vendu de l'histoire du rap. Devenu artiste solo depuis ce triomphe, ce New-Yorkais, né à Haïti en 1972, a démontré ses talents éclectiques de producteur, auteur-compositeur, interprète, fan de musiques caraïbes et de jazz. S'il manie la vantardise aussi bien que les grandes figures du rap, Wyclef Jean est un collaborateur recherché au-delà du milieu hip-hop (Sinead O'Connor, Mick Jagger, Carlos Santana, Shakira, Ziggy Marley...). Il se consacre aussi à sa fondation, Yéle Haïti, venant en aide aux enfants de son île natale. Le Monde l'a rencontré à l'occasion de la sortie de son sixième album, Carnival Vol. II, Memoirs of an Immigrant.
Avec tout ce qui se passe sur nos grands et petits écrans, tous ces films dont l'image semble toujours être à bout de souffle, tant il faut greffer à ces histoires imprévisibles des suites artificielles, feuilletons griffonnés à la hâte sous couvert d'audimat, qu'elles en deviennent interminables et incontrôlables. Ou lorsque les armes sont plus loquaces que les textes qui les incluent, plus vrais que les acteurs tout couleurs hémoglobine, dont les rôles réflexes conditionnés, se résument à parler haut et remue-ménage, à appuyer sur la détente d'armes plus automatiques que leurs créations artistiques. Savez-vous qu'un film se tourne chez nous, qu'il se nomme : « Cahier d'un retour au pays natal ». Une adaptation audiovisuelle du texte d'Aimé Césaire, mis en scène par Philippe Berenger. Absolument ! Même que Jacques Martial en fait partie. Je vous le rappelle, il en est l'interprète principal et l'instigateur.
Cheikh Souleimane Ibrahim Adam marche en tête de la carriole, tenant le cheval par la bride. Derrière, sur une planche de bois nu montée sur deux grosses roues de camion, s'accrochent une quinzaine d'enfants, des tout-petits, 3 ans peut-être. En cette fin de septembre 2007, Cheikh Souleimane fait sa tournée dans les villages de brousse désolés qui s'égrènent en chapelet dans le massif du Ouaddaï, à l'extrême est du Tchad. De place en place, il explique aux familles que «des Blancs se sont installés dans la ville d'Adré pour un but humanitaire». Et il a entendu «de leur bouche même qu'ils s'occuperaient de tous les enfants qui leur seraient confiés». Les petits seront «nourris, éduqués, soignés». Ils apprendront le français, l'arabe et aussi le Saint Coran, ce qui paraît à tous encore plus important. A Barata, dans sa hutte, Fatoumata se souvient que Souleimane avait terminé en disant que même les frais de charrette allaient être pris en charge. Partout les pères de famille l'accueillent comme un «cadeau du ciel». Certains courent chercher un petit dans la hutte pour être sûrs qu'il sera pris tout de suite. Et reviennent aussitôt avec un second dans les bras : «Je te donne celui-là aussi.»
"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans" écrivait Rimbaud et c'est tant mieux! Ils étaient sept de cet âge là, du plus noir qu'hier soir à la plus blanche que blanc à s'être lancés le défi de dire, de mettre en voix, un texte difficile, un texte dont ils n'ont pas tout compris lors de sa première écoute, mais un texte qui leur parlait d'identités anciennes et d'identité en devenir, à eux déjà plus loin que leurs parents. Ils se sont engueulés, jamais méchamment, ils ont eu des fous rires, de ces rires que l'on a quand on a dix-sept ans et que l'on n'a plus jamais plus tard. Ils étaient sept élèves du Lycée Schoelcher. Ils ont joué avec les mots et les mots se sont joués d'eux quand ils leurs donnaient à penser plus loin qu'eux-mêmes. Glissant était là, Chamoiseau était là, leurs profs étaient là, leur copains étaient là, les caméras filmaient, les journalistes enregistraient, mais eux ils s'en foutaient un peu car ils avaient à dire. A dire "Quand les murs tombent", à dire que le siècle passé, le siècle de leurs parents, le siècle des identités murées, le siècle des états-nations, le siècle des génocides, et bien ça ce n'était pas leur truc. Leur truc à eux c'est le réseau démultiplié des agencements machiniques, des branchements de désirs, des textos à vau-l'eau, des SMS de caresses, des sites à visiter à l'autre bout du monde, des possibles en cascades à faire pleurer les Niagara anciens. Leurs horizons sont infinis et éclatés à l'image de ces volcans nomades qui les habitent et ils ont dit le texte, il l'ont crié, ils l'ont murmuré, rarement, ils ont buté quelques fois sur les mots, ils ont bataillé avec la syntaxe glissantienne et chamoisienne, puis ils ont terminé en disant sept fois la dernière phrase du texte "Tout le contraire de la Beauté" dans la position des athlètes étasuniens à Mexico il y aura cette année quarante ans, la tête baissée devant la honte que leur inspire ce Ministère de l'intégration et le poing gauche levé très haut pour dire qu'ils ne l'avaient pas accepté et qu'ils ne l'accepteront pas.
L'affaire de l'Arche de Zoé a aussi suscité de nombreux débats à l'intérieur du microcosme humanitaire. Chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), Marc-Antoine Pérouse de Montclos vient de publier Guerres d'aujourd'hui, les vérités qui dérangent (éd. Tchou).
Que dit cette affaire de l'humanitaire et de ses dérives?
C'est moins l'illégalité de l'opération que les dérives en terme de communication et de marketing qui me frappent. Historiquement, l'illégalité est inscrite dans l'humanitaire, notamment dans le concept de sans-frontiérisme. Quand il faut sauver les gens, on ne s'encombre pas des lois, surtout dans un pays comme le Tchad, qui n'est pas un Etat de droit mais une dictature. Si l'Arche avait réussi à emmener les enfants en France, Breteau aurait sans doute été acclamé ! Ce qui est choquant, en revanche, c'est qu'il y a "tromperie sur la marchandise" : en fait d'orphelins, les gamins viennent du Tchad et non du Darfour, ils ont des parents et on leur met des pansements pour faire croire à une évacuation sanitaire…
La vie de René Maran n'est ni simple ni rectiligne. Sa démarche intellectuelle n'est pas non plus facile à cerner. Durant sa carrière de fonctionnaire et d'écrivain, il n'a pas souvent pris des positions aisément compréhensibles et accessibles au premier abord. Ce qui l'a souvent amené à être mal compris, à la fois des Blancs et des Noirs. Sa force principale a toujours été son indépendance d'esprit même s'il a incontestablement été formé dans un environnement où les préjugés raciaux sont parfois tenaces. René Maran est resté un homme du compromis mais pas de la compromission. Il a toujours été un homme du dialogue franc et sincère, un pondéré aux convictions fortes, bref, un médiateur incompris des Blancs et des Noirs. Il est surtout un intellectuel qui voulait voir l'humain triompher au-delà de sa couleur, un écrivain attaché au savoir et à la culture de toutes les aires géographiques, car le savoir et la culture sont, pour lui, une ouverture aux autres et au monde.
Ces rencontres organisées en ce mois de novembre, ayant pour thème ou problématique : « Marcher sur nos morts », coïncident harmonieusement au mois des Guédés, en Haïti. Pour ceux qui l'ignorent, je dirai succinctement que les guédés sont des loas, des génies ou des esprits du Vaudou : ce sont des loas de la mort, mais aussi de la vie, car de la putréfaction renaît la vie immortelle. Ce sont les loas les plus étranges du panthéon vaudou, dit-on : leur rituel dévoile le tragique le plus macabre et l'érotisme le plus débridé. Barron Samedi, aussi dénommé Barron Cimetière ou Barron Lacroix, serait la figure la plus représentative des guédés. En effet la croix de Barron, symbole des guédés, indique la croisée des chemins qui guette tout un chacun. Et on y parvient tous, chacun à son heure. La croix de Barron, c'est ce pieu vertical qui renvoie au phallus (éros, la vie) et cette bande horizontale qui renvoie au tombeau (thanatos, la mort).
La chose est assez rare : les employeurs du spectacle vivant, public et privé, parlent d'une seule voix et interpellent le président de la République sur le budget alloué au théâtre, à la musique, à la danse, etc. Dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, rendue publique lundi 19 novembre, une quinzaine d'organisations patronales demandent l'organisation d'un " Grenelle de la culture " avant juin 2008. Autour d'une même table, les collectivités territoriales, les professionnels du spectacle vivant et quelques ministères (éducation, affaires étrangères, santé, justice...) essaieraient de " répondre aux questions récurrentes posées à nos professions depuis de nombreuses années ", proposent les auteurs de la lettre ouverte. Autres revendications, le dégel des crédits pour l'année 2007, une hausse de 50 millions d'euros du budget du spectacle vivant (639,7 millions d'euros de crédits de paiement pour 2008) et, enfin, l'annulation de la " mise en réserve " de 6 % des crédits de la Rue de Valois annoncée pour 2008.
En vingt ans d'existence commerciale en France, le rap ne s'est pas départi de son étiquette quartiers-banlieues, Brigitte femme de flic (du Ministère A.M.E.R.) ou J'appuie sur la gâchette (un classique de NTM, le duo formé par Kool Shen et Joey Starr). Bad News du Ministère A.M.E.R. : en août, Doc Gynéco est vilipendé par le public suisse qui lui reproche son soutien à Nicolas Sarkozy ; en septembre, Stomy BugZy, qui a repris le Z de ses débuts, publie un album hardcore, Rimes passionnelles, où les poncifs du rap gangster sont étalés comme avant, mais le second degré ne passe plus ; en octobre, Passi intègre le jury de la " Star Academy ". Aïe !
Qui était vraiment René Maran, le premier Goncourt Noir ? par Selim Lander
Le 14 décembre 1921, l'Académie Goncourt a couronné un jeune écrivain de 34 ans, René Maran, pour son roman Batouala. Au cinquième tour de scrutin ne restaient plus en lice que L'Épithalame de Jacques Chardonne et Batouala. Avec cinq voix contre cinq les deux romans étaient à égalité. Le second l'a emporté grâce à la voix prépondérante du président Gustave Geoffroy. Les autres candidats de cette année-là n'ont guère marqué l'histoire littéraire, à l'exception de Pierre Mac-Orlan qui concourrait avec La Cavalière d'Elsa. Comme le nom l'indique, Batouala est un roman africain. Par contre le nom de l'auteur ne révèle pas qu'il s'agit d'un noir, « le premier Goncourt noir ».
René Maran est né le 5 novembre 1887 sur le bateau qui menait ses parents d'origine guyanaise à Fort-de-France. Comme c'est là où sa naissance a été enregistrée, on le présente souvent comme un écrivain de Martinique. En réalité, il n'est resté sur cette île que les trois premières années de sa vie, avant de déménager avec sa famille au Gabon où son père devait poursuivre sa carrière d'administrateur colonial. Il est resté peu de temps là aussi puisque, dès l'âge de sept ans, on le retrouve pensionnaire au petit lycée de Talence, en Gironde. Il connut ainsi la jeunesse mélancolique des enfants de coloniaux, des quasi-orphelins qui n'avaient droit à la présence de leurs parents que pendant un semestre tous les trois ans, au rythme des congés administratifs…
C'est au grand lycée de Bordeaux, en classe de seconde, que se confirma sa vocation littéraire grâce à la rencontre avec son professeur de lettres, Monsieur Lambinet, auquel il devait prodiguer des témoignages de fidélité tout au long de son existence. On demeure rêveur quand on découvre dans l'éloge funèbre de Lambinet rédigé par Maran que ce dernier se montre particulièrement reconnaissant à son maître de lui avoir révélé ces deux chefs d'œuvre (?) de la poésie française que sont « La cithare » de Théodore de Banville et « Les bœufs » de Louis Mercier ! On est moins surpris, cependant, par ce parti esthétique, après avoir pris connaissance des quelques vers de Maran qui furent salués comme « les plus réussis » dans le discours qui l'intronisait, en 1953, à « l'Académie internationale de la culture » (de Bruxelles).
Enfer n'existe pas. Pouvez vous dissiper. " Le télégramme, signé André Gide, avait été adressé à François Mauriac, quelques jours après la mort de l'auteur de Corydon. Si l'enfer n'existe plus dans l'au-delà, il est toujours présent ici-bas : la Bibliothèque nationale de France le montre, en une exposition qui fera date. Sous-titrée " Eros au secret ", elle présente son département le plus sulfureux. Car, à l'heure du porno à la télévision et sur le Net, l'" enfer " de la BN traîne toujours une aura scandaleuse : la manifestation n'est-elle pas interdite aux moins de 16 ans ? Une mesure suffisamment rare pour être soulignée.
Malgré la misère généralisée et un système de santé quasi inexistant, [Haïti] est parvenu à bâtir, grâce à des initiatives locales et des fonds internationaux, une prise en charge efficace de la maladie.
Elle parle de son sida, de sa lutte, de sa contamination. «A cause de mon mari. Il est mort, tant mieux. Un homme mauvais.» Elle parle de ses pilules, qu'elle avale depuis quatre ans. «Je vais bien, je mange, je vis.» Elle parle de ses amis, «qui auraient pu bénéficier du traitement gratuit», mais qui ont préféré suivre, jusqu'à la tombe, la magie noire et mortelle d'un prêtre vaudou. Elle parle «du regard des autres», de l'acceptation de sa maladie, du recul de la discrimination. Elle a une robe mauve soyeuse, Lucette, une fierté rageuse ; elle a de la chance et le sait. On est à Zanmi-Lasanté, les «amis de la santé» en créole haïtien, un complexe de santé, un ovni. Une sorte d'îlot postrousseauiste planté à Cange, sur le plateau central haïtien. On est à 130 kilomètres de Port-au-Prince. Quatre heures de quatre-quatre, quand la météo le veut bien.
Une expérience internationale menée dans le pays essaie d'alléger les procédures de soins pour délivrer des antirétroviraux aux malades, même dans les régions rurales.
« IL Y A quelques années, quand on se savait atteint du sida – la maladie de la pelle et de la pioche (synonyme de mise au tombeau, NDLR) – on vivait avec la peur au ventre », a rappelé l'anthropologue camerounais Séverin Cécile Abéga à l'occasion des journées scientifiques organisées à Yaoundé par l'Agence nationale française de recherches sur le sida (ANRS). « Mais aujourd'hui, lorsqu'une personne apprend qu'elle est infectée, elle n'est plus hantée par l'image de la mort, car elle sait qu'elle pourra être bien soignée. »
Comment une campagne sur la dépression démontre l'incapacité présidentielle à appréhender le réel. Un entretien avec le philosophe et psychanalyste Jacques-Alain Miller.
Je veux parler de la dépression, du regard que la société porte sur cette souffrance qui n'est pas matérielle. Je veux engager puissamment la recherche médicale française vers le soulagement de ce mal », a déclaré Nicolas Sarkozy le II février dernier dans un discours à la Mutualité. Il y a quelques semaines, le ministère de la Santé lançait une campagne sur la dépression. On a demandé à Jacques-Alain Miller ce qu'il en pensait. Philosophe, psychanalyste, il est le responsable de la publication des Séminaires de Lacan. Jacques-Alain Miller a fondé l'Association mondiale de psychanalyse (AMP) et dirige la revue Le Nouvel Âne dont le dernier numéro est consacré à une critique virulente de la campagne contre la dépression initiée par le ministère de la Santé. Car s'il existe des formes graves de « maladies de l'âme» -qu'on l'appelle comme autrefois mélancolie ou qu'on la vulgarise aujourd'hui sous le terme de “dépression” - la tentation est grande de considérer la moindre fatigue, tristesse ou petit bobo existentiel en pathologie qu'il faut soigner d'urgence avant de repartir au combat...
une nouvelle collaboration entre le Québec et la Martinique
par Alvina Ruprecht
Cette production d'Othello qui a mis en vedette Ruddy Sylaire dans le rôle principal, fut conçue et mise en scène par Denis Marleau à partir d'une nouvelle traduction de l'auteur québécois Normand Chaurette. Voir cet acteur évoluer parmi une équipe d'artistes québécois m'a laissé rêveuse. Je venais de voir Sylaire dans la création de José Exélis, Comme deux frères (texte de Maryse Condé retravaillé par José Pliya) au Festival d'Avignon, et je reconnaissais la présence imposante de ce corps massif et ce regard fulgurant qui inévitablement, dominent l'espace de jeu, surtout lorsque d'excellents metteurs en scène comme Marleau ou Exélis prennent en main la démarche de cet corps obéissant. .
La chute, au début des années 1990, de l'apartheid en Afrique du Sud, 10 % de la population détenaient 90 % des richesses du pays. Depuis, le pouvoir politique ne cesse de pousser à la transformation de l'économie, en redistribuant le capital et les emplois. Même si rien dans la législation n'est réellement contraignant, personne ne peut échapper au Broad Based Black Economic Empowerment (BBBEE, charte pour l'avancement économique des Noirs), la nouvelle règle du jeu du business en Afrique du Sud.
Aucune loi n'oblige les entreprises à se mettre en conformité, si ce n'est celle du marché, qui crée un phénomène d'entraînement. Selon le gouvernement, entre 1995 et 2005, plus de 1 300 accords ont été conclus et 285 milliards de rands (27 milliards d'euros) ont changé de mains, passant des blanches aux noires.
Récemment à la Martinique, plus précisément à l'Université des Antilles-Guyane, avait lieu un colloque intitulé « Les approches interculturelles en langues, en littérature et en civilisation : quelles heuristiques ? ». Durant trois jours, plusieurs spécialistes européens et caribéens proposaient leurs réflexions, offrant à l'auditoire une riche étude de la question. Pour avoir effectué quelques recherches sur la notion de l'interculturalité, je sais que dans les Mascareignes, à la Réunion, l'île Maurice et les Seychelles cette notion, très impliqués dans le développement culturel et identitaire des populations, a également fait l'objet de nombreuses analyses. Ces analyses, ici, ont permis de mieux envisager un phénomène qui, aujourd'hui, touchant au monde dans son ensemble, le bouleverse et le transforme. Edouard Glissant, développant le concept du Tout-Monde, nomme ce phénomène « Relation » ou « Créolisation ». De nombreuses questions posées lors de ce colloque trouveraient un écho favorable ici. Je vous en propose quelques-unes, qui vous sont certainement familières : Peut-on comprendre une autre culture ? (sous-entendu, dans notre cas, une autre culture « créole »). Ou encore : Communautés linguistiques et communautés culturelles : quelles parallèles ? Encore : Les paradoxes de l'interculturalité dans un monde globalisé.
L'agitation médiatique autour de « la dictée créole » et les commentaires de quelques-uns des promoteurs de l'opération ne sauraient être analysés autrement que comme l'offensive d'un petit groupe pour imposer son point de vue sur l'orthographe du créole ; ceci dans un contexte d'évolution institutionnelle « annoncée » sur les langues régionales. La manœuvre s'accompagne, il fallait s'y attendre, d'une tentative subreptice de mettre fin à tout débat sous le couvert d'un unanimisme de façade. Au risque de subir les foudres des gardiens du temple, il nous a paru moralement et intellectuellement indispensable de lever l'interdit pour interroger quelques-uns des présupposés sous-jacents à la conception de l'orthographe du créole du GEREC. QUI A AUTORITE SUR LE CHOIX DE L'ORTHOGRAPHE D'UNE LANGUE ?
Protestant, il évite de fréquenter l'église évangélique de Portlaoise, dont le pasteur est nigérian, pour ne pas donner de lui une image communautariste. DON HEALY POUR " LE MONDE "
Rotimi Adebari est nigérian. Sept ans après son arrivée à Dublin, il a été élu à la tête du conseil municipal de Portlaoise, 18 000 habitants. Un parcours étonnant dans cet ancien pays d'exil C'était il y a quinze ans à peine. Dans un bed & breakfast de la campagne d'Irlande, une vieille dame accueillait deux voyageuses. L'une d'elles avait la peau noire. La vieille Irlandaise, qui n'avait jamais rien vu de pareil sauf à la télévision, en fut toute désarçonnée. Soucieuse de bien faire, elle demanda en chuchotant à l'oreille de la jeune Blanche : " Qu'est-ce qu'elle mange ? "
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par Catherine Mallaval
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l'époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d'expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l'emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu'arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.
Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d'un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s'agace sec contre cette façon que l'on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d'avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»
Contrairement à celui de l'homme, l'orgasme de la femme n'a rien d'une évidence physiologique.
A l'heure où les laboratoires pharmaceutiques cherchent ardemment la molécule miracle clef d'une jouissance assurée, L'Express dresse l'état des connaissances sur ce mystère ancestral.
C'est un mystère qui titille Homo sapiens depuis Adam et Eve. Le point focal de tous les fantasmes, le secret vertigineux de la «petite mort», sur lequel n'ont cessé de se pencher théologiens, philosophes, anatomistes, peintres et psychiatres: l'énigme du plaisir sexuel, masculin et féminin, et en particulier du plus secret des deux, celui des femmes.
A l'heure où chacun revendique son droit au bonheur et à la jouissance, la question devient obsédante. Sur les murs et les écrans, la félicité sexuelle s'étale telle une promesse de béatitude autant qu'une injonction: pour être «normal», bien dans sa peau, il faut jouir. Encore faudrait-il savoir comment. Car le secret du désir échappe totalement aux lois de la rationalité et toujours largement à celles de la science. Voilà à peine une dizaine d'années que les médecins et les scientifiques ont commencé à réellement explorer cet immense continent. Avec un enthousiasme de plus en plus marqué depuis le succès planétaire du Viagra, lancé en 1998.
Après avoir délivré les mâles de l'angoisse de la panne, les chercheurs, généreusement financés par les laboratoires, s'attaquent désormais aux mystères bien plus complexes de la sexualité féminine. Avec l'espoir de découvrir le même jackpot: la formule magique capable d'offrir aussi au beau sexe l'extase sur ordonnance.
J'ai appris énormément de choses avec ce livre. Et vous voulez que je vous dise un secret : j'ai changé mon alimentation et j'ai déjà perdu six kilos. " Ce n'est pas un lecteur lambda, fan du nouveau best-seller de David Servan-Schreiber, qui parle ainsi. Mais le professeur Jean-Marie Andrieu, chef du service d'oncologie médicale à l'hôpital européen Georges-Pompidou. Jeudi 15 novembre, ce cancérologue était sur la scène de la Mutualité, à Paris, aux côtés du psychiatre venu promouvoir sa méthode Anticancer : prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles (éditions Robert Laffont, 360 p., 21 euros), déjà vendu à plus de 250 000 exemplaires en un mois.
Nous vivons dans un monde intellectuel où les spécialités sont de plus en plus étroitement définies. Rares sont les chercheurs aujourd'hui qui osent se lancer dans de grandes fresques historiques couvrant plusieurs mondes et plusieurs époques. Et pourtant, pour nous comprendre nous-mêmes, nous avons besoin à la fois de la profondeur historique et de la connaissance des autres, en particulier de ceux qui pourraient être nos semblables et qui sont pourtant différents. Tout cela nous amène à saluer d'emblée le dernier ouvrage du professeur Jean Crusol. Bien sûr, tout travail, quelles que soient sa profondeur diachronique et son ampleur synchronique, doit être organisé autour d'une thématique claire, en l'occurrence celle des « îles à sucre ». Le « semblable », ce qui unit tous les cas particuliers qui sont étudiés dans le livre, réside donc ici dans la figure de territoires insulaires, appartenant à la zone intertropicale, qui ont fait l'objet d'une colonisation européenne, avec pour principale finalité de leur faire produire du sucre. Ces caractéristiques semblent suffisamment précises pour qu'on puisse parler d'un « modèle ». Or l'intérêt du livre est justement de démontrer le contraire. Il n'y a pas un modèle mais plusieurs, variables en outre suivant les époques, et la question principale du livre devient alors de comprendre en quoi et pourquoi ces modèles diffèrent.
« il n'est pas toujours bon de barboter dans le premier
marigot venu… » Aimé Césaire
Dans ce pays colonial, « il y a quelque chose de pourri » aurait dit Hamlet le personnage le plus universel de la littérature mondiale de tous les temps et la figure la plus caractéristique de l'homme de l'époque moderne. En effet un crime a été commis dans ce monde, contre l'ordre du monde dis-je, il y aura bientôt 70 ans : l'émergence de la Négritude d'Aimé Césaire.
La société créole des békés avait façonné le pays à sa convenance : ses terres étaient créoles, ses « hautes demeures » étaient créoles, ses meubles étaient créoles, ses vêtements étaient créoles, sa cuisine était créole, ses contes en tant que système de représentation de soi étaient créoles, ses mulâtres étaient créoles, ses capres et capresses aussi, ses chabins et autres « chapés » étaient créoles, ses coolies aussi et bien sûr ses nègres ne pouvaient qu'être créoles ; ses poules et autres bipèdes aussi, ses chiens et autres quadrupèdes étaient créoles, le parler de chez nous étaient créole, ses intellectuels et littérateurs dont Baudelaire dénonça le manque de profondeur dans la créativité esthétique (et ça dure…) étaient les créoles des salons parisiens.
Tout semblait aller pour le mieux dans un pays qui n'a cessé de « crier pendant des siècles… que les pulsations de l'humanité s'arrêtent aux portes de la nègrerie ». C'est à ce moment, le pire de tous les moments, que Césaire se leva et dit :
Le projet est original et séduisant. A partir d'un roman « Amour, Colère et Folie » de l'auteure haïtienne Marie Vieille-Chavet il s'agit de confier à trois metteurs en scène la charge de présenter un des volets de ce triptyque. José Plya, directeur général de l'Archipel, Scène nationale de Guadeloupe est chargé de l'adaptation et c'est le metteur en-scène français Vincent Goethals à qui est revenu l'honneur d'inaugurer la série avec « Amour. », joué les 17 et 18 novembre 2007 à Fort-de-France à l'Atrium.
Le roman « Amour, Colère et Folie », découvert par Simone de Beauvoir, est édité en 1968 et aussitôt interdit de parution en Haïti par Duvalier. Devant les menaces on ne peut plus précises, La famille de l'auteure n'hésite pas à racheter les exemplaires déjà vendus et à les détruire et obtient de l'éditeur la suspension de la vente avant de racheter là aussi le stock quelques années plus tard.
Il faut dire que le livre est une dénonciation du régime de violence et d'oppression, de compromis nécessaires et de lâchetés, de courage et de veuleries engendrés par un univers dominé par la folie et l'arbitraire.
Née en 1900, Claire est donc la sœur aînée « mal-sortie », un peu trop noire donc, d'une famille de l'aristocratie mulâtre. Elle a deux sœurs, qui contrairement à elle ont la peau blanche.
Toujours vierge à 39 ans, Claire, s'achemine vers une vie de vieille fille, quand est arrivé de France le séduisant Jean Luze pour épouser Félicia, la soeur cadette. Sitôt vu, sitôt élu objet d' «hainamoration» il devient la plaque projective des fantasmes sexuels inassouvis de Claire.
L'enrôlement des femmes dans la marchandisation libérale
Par Stéphanie Treillet, maîtresse de conférences en économie à l'IUFM Créteil Paris-XII.
Depuis vingt ans, les institutions financières internationales (IFI), notamment la Banque mondiale, ont infléchi leur discours et leurs projets pour prendre en compte la situation des femmes dans les pays du Sud, auparavant totalement ignorée dans les politiques d'ajustement structurel (PAS). Elles font le lien entre amélioration du statut des femmes, développement et sortie de la pauvreté. Les femmes doivent voir augmenter leurs possibilités de choix dans la société. Si cette thématique entre en résonance avec les luttes du mouvement féministe à travers le monde, elle est au service d'une entreprise d'adaptation et de modernisation de la doctrine libérale du développement - et des politiques qui vont avec. En effet, les premières PAS, dans les années quatre-vingt, ont échoué : récessions, augmentation de la misère, parfois menaces d'explosions sociales ; mais aussi une multitude d'initiatives populaires et collectives de survie et de résistance, que les institutions internationales veulent encadrer.
Eva Doumbia, la jeune metteuse en scène d'Exils 4,joué au Théâtre de la Tempête, avait déjà présenté une première version de cette pièce lors de la deuxième édition d'Ecritures d'Afrique, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, au mois de mai.
Elle vit et travaille à Marseille et en Afrique, avec ses deux compagnies, La Part du pauvre et Nana-Triban. A travers des personnages qui lui ressemblent, elle interroge avec curiosité et courage sa double identité, française et ivoirienne, ou plutôt, européenne et africaine, et interpelle le spectateur à travers différents postulats.
Au début d'Exils 4, on la voit, filmée avec son père, ivoirien, lui annonçant qu'elle va nommer l'enfant qu'elle attend Soundjata (le fondateur de l'empire mandingue). Elle lui demande pourquoi il n'est jamais reparti, lui qui était venu en France en vacances et qui est resté parce qu'on lui a donné du boulot, parce qu'il qui s'est marié et qu'il a eu quatre enfants. Il lui répond : "Là où tu vis, c'est ton pays."
La richesse faite corpsPar Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, directeurs de recherche au CNRS.
La richesse doit s'inscrire dans les corps pour achever sa métamorphose : les propriétés extérieures à la personne doivent être perçues comme des qualités de la personne elle-même. Tout en fondant une assurance de soi exceptionnelle, cette métamorphose, en modelant les corps et les comportements, crée des signes de reconnaissance entre pairs.
La position sociale s'inscrit dans les corps
La position sociale, en s'inscrivant dans les corps, induit une sorte de seconde nature. L'idéologie du sang bleu de la noblesse en était une manifestation, pas si fausse que cela puisque, à travers tous ses privilèges, cette caste avait pu acquérir des qualités rares et transmissibles par l'éducation, légitimées comme dons de naissance. L'idéologie du don est le produit de cette ignorance, souvent intéressée, de l'origine des qualités, et des défauts, d'agents sociaux qui sont en réalité le produit de leur histoire. En tranchant en faveur de l'inné contre l'acquis, du génétique contre le culturel, les notions de noblesse et de don insistent sur l'existence d'une essence spécifique, d'une personnalité originelle dont les vertus et les imperfections renverraient d'abord aux potentialités inscrites de manière naturelle dans l'individu dès sa conception.
Retour sur la mort du philosophe André Gorz et de sa femme.
Par Jean-Jacques Delfour, agrégé de philosophie.
Ainsi, nous dit-on, André Gorz, un «philosophe», et sa femme (le rôle de l'ombre), se sont donné la mort ensemble, et tout cela par amour semble-t-il. Qu'est-ce qui est le plus choquant ? Que l'on étale, sur le devant de la scène, ce qu'on croit savoir des derniers moments de ce couple valétudinaire - au sujet de qui le respect basique dû aux morts commanderait de se taire ? Ou bien que l'on en profite pour faire encore l'apologie du suicide ? Apologie d'autant plus efficace qu'André Gorz est auréolé de la double gloire du héros qui, tel l'homérique Achille, brave la mort afin de rejoindre son aimée, et de l'amoureux qui, malgré son âge, vit le mythe de l'éternelle jeunesse de la passion (avec ici un final à la façon de Roméo et Juliette mais simultané). Un héros en somme, alors que l'on croyait leur temps révolu.
C'est tout l'intérêt social des suicidés : étant passifs (puisque morts), nous pouvons leur faire dire ce qui nous plaît. Ils sont entièrement objets pour nos spéculations qu'ils ne peuvent pas refuser. D'où le caractère fascinant du suicide qui ouvre sur un lieu atopique, un temps acronyque, vacuité ou chimère, qui peut aisément servir d'espace de projection pour des rêveries compensatrices.
Irène Sadowska-Guillon - Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture de Manteca ?
Alberto Pedro Torriente - À l'origine de Manteca, il y a eu la chute du mur de Berlin et la disparition de l'URSS. Sans ces événements, je n'aurais pas écrit cette pièce. Ils ont changé la vie de notre pays de façon radicale. L'utopie communiste a disparu et nous avons tous dû en inventer une autre. Il ne s'agissait pas d'attendre Godot, il fallait inventer un Godot et nous sommes toujours en train de l'inventer. Au-delà de l'anecdote, Manteca met en scène l'impossibilité de vivre sans utopie. La question est la suivante : qu'est-ce qu'on peut attendre alors qu'il n'y a rien à attendre ? Je crois que par là je vais plus loin que mon maître Beckett.
Par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, directeurs de recherche au CNRS.
À l'abri des soucis du monde ordinaire L'existence des grands bourgeois est exempte des conséquences désagréables des vicissitudes de la vie quotidienne. Lorsque la Mobylette de Carole, la jeune ouvrière du film de Lucas Belvaux, la Raison du plus faible, tombe en panne et rend l'âme, c'est un drame qui enclenche un engrenage funeste. Irréparable, il est impossible de la remplacer dans l'immédiat, c'est trop cher. Prendre le bus pour aller au travail, c'est une heure de transport en plus chaque jour. Ii ne règle pas tous les problèmes, mais il ne faudrait pas des sommes folles pour résoudre celui-ci. Pour aider leur copine, ses amis tentent de se procurer l'argent nécessaire dans un braquage qui tourne mal. Cette fiction, construite avec vraisemblance parce qu'elle met en scène les multiples agressions et blessures d'une vie rendue précaire par la faiblesse des ressources, ne fait que porter à son paroxysme la logique d'existences sans espoir. La panne de la Mobylette, de la voiture ou le vol du vélo, comme dans le Voleur de bicyclette, de Vittorio De Sica, la fuite d'eau à la cuisine, le chéquier volé, tous ces petits ennuis empoisonnent l'existence des plus modestes, en grignotent le temps et accumulent les préoccupations et les soucis, sources d'inquiétudes et d'angoisses. Alors qu'un peu d'argent disponible permettrait de prendre le taxi, ou d'appeler un artisan pour faire une réparation. Le temps des plus riches, lui, est libéré de ces tracas les plus mesquins mais aussi les plus envahissants.
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