Confrontée à la flambée mondiale du coût de la nourriture, l'ONU se prépare au pire. " Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face ", prévient une note interne de l'ONU dont Le Monde a obtenu une copie. Elle recommande la mise sur pied de " plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines ", jusque-là peu touchées par la malnutrition.
D'après ce document de travail, la hausse des prix, qui pourrait se révéler non pas passagère mais " structurelle ", risque de plonger dans l'" insécurité alimentaire " des millions de personnes. Et la communauté humanitaire manquera de moyens et d'expertise pour leur porter secours.
Selon le " mémo " de neuf pages produit par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l'ONU devra répondre aux besoins de " nouveaux groupes de population " à un moment où il y aura " moins de nourriture à distribuer ". Pour cause d'augmentation des prix des aliments et de l'énergie, les agences humanitaires reçoivent moins de dons en nature et doivent dépenser plus pour acheter de la nourriture et la distribuer.
Parmi les défisqui attendent l'ONU et qui ne doivent pas être sous-estimés, figure aussi le durcissement de crises locales causé par des " émeutes de la faim ", comme celles qui ont secoué l'Egypte, la Mauritanie, le Mexique, le Maroc, la Bolivie, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie...
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La production agricole augmente, mais moins vite que la demande SI RIEN N'EST FAIT, les émeutes liées à la flambée des prix alimentaires vont s'étendre dans le monde. " La vérité, c'est que, déjà, des gens meurent dans ces émeutes (...) Mais ils ne se laisseront pas mourir sans rien faire. Ils réagiront ", a prévenu, vendredi 11 avril à Rome, le directeur général de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf. De fait, confrontés à la flambée des cours (ceux du blé et du riz ont doublé en une année), les réactions violentes se multiplient et menacent la stabilité de dizaines de régimes par ailleurs souvent contestés, en particulier en Afrique. Des troubles ont éclaté récemment à Haïti, au Cameroun, au Mexique... La liste des pays touchés est longue. La FAO a recensé une trentaine de pays pour lesquels la hausse des prix alimentaires est dramatique. Sur ce total, près d'un pays sur trois est confronté à des problèmes politiques (guerre civile, insécurité générale). Les raisons de la crise.
Lire la suite et "les raisons de la colère"
Les " émeutes de la faim " gagnent les rues dePort-au-Prince Des violentes manifestations contre la vie chère se sont étendues, mardi 8 avril, dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où des casques bleus brésiliens ont déployé des blindés légers pour protéger le palais présidentiel. Une quinzaine de personnes ont été blessées par balles, un véhicule de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) a été incendié et plusieurs commerces ont été pillés. Depuis le début des " émeutes de la faim ", le 3 avril dans la ville méridionale des Cayes, cinq personnes ont été tuées et une cinquantaine d'autres blessées lors de violents affrontements avec la police haïtienne appuyée par les casques bleus. Les prix des denrées de base, le riz, le maïs et le sucre, se sont envolés ces dernières semaines. Mardi, des groupes de manifestants très excités ont tenté d'enfoncer, à l'aide de poubelles, les grilles de l'imposant palais présidentiel, au centre de Port-au-Prince. Un photographe, Jean-Jacques Augustin, et un cameraman, Leblanc Makenzy, ont été blessés par des balles en caoutchouc tirées par les soldats onusiens pour disperser les manifestants. Des groupes de casseurs ont endommagé de nombreux véhicules et attaqué à coup de pierres les locaux du quotidien Le Matin, dans la banlieue résidentielle de Pétionville. Des barrages de pneus enflammés ont interrompu la circulation dans les quartiers populaires de Martissant, de Fontamara et de Cité Soleil, où des manifestants réclamaient la démission du président René Préval.
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Manifestations contre la vie chère violemment réprimées en Côte d'Ivoire et au Sénégal A Dakar et Abidjan la police a violemment réprimé des manifestations contre la vie chère. Abdoulaye Bathily, un des leaders de l'opposition sénégalaise, a récemment déclaré qu'en raison de la pauvreté grandissante et du non-respect des droits humains constatés au Sénégal, le pays était aujourd'hui « une bombe qui pourrait exploser à tout moment ».
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L'Asie menacée d'une crise alimentaire
Le prix du riz à son plus haut depuis vingt ans. Les Philippines et l'Égypte prennent des mesures.
En 25 ans de métier, ce courtier en riz parisien n'a jamais vu ça : impossible depuis plusieurs semaines d'obtenir de ses vendeurs thaïlandais les quantités réclamées, et même des indications de prix ferme. «Ils préfèrent retenir leurs stocks en attentant que les prix grimpent», s'agace ce professionnel. Le raisonnement des vendeurs est simple : pourquoi vendre aujourd'hui alors que demain on pourra obtenir mieux. Jeudi, la tonne de riz a fait un bond de 31 % à 760 dollars, soit un doublement depuis le début de l'année, soit un quadruplement sur cinq ans. «Tous les opérateurs craignent une pénurie de riz en 2008», s'alarme l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (Onigc), dans son dernier bulletin mensuel.
Les conséquences ne sont pas encore visibles de ce côté de l'Atlantique. En dehors des Italiens, amateurs de risotto, et des Espagnols, champions de la paella, l'Européen est un consommateur moyen : 4,5 kg de riz blanc en moyenne par an.
Il en va autrement en Asie où chaque habitant consomme annuellement 60 kg de riz blanc. Un riz qui menace de manquer bientôt aux Philippines où près de 80 % de la population en mange au petit déjeuner. À Manille, les stocks du pays sont tombés au plus bas depuis un quart de siècle. Le pays ne peut pratiquement plus développer la surface de ses rizières, alors que sa consommation augmente au rythme de sa population qui galope à la vitesse de 1,8 % par an.
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EGYPTE
La « crise du pain » facteur d'instabilité politique
( Ap) - Le gouvernement égyptien fait aujourd'hui face à une crise politique directement liée à la hausse des prix des denrées alimentaires. Des émeutes ont récemment éclaté à des points de vente de pain subventionné, obligeant le président Hosni Moubarak à appeler l'armée en renfort pour élargir la distribution.
Cette crise, qui frappe le pays arabe le plus peuplé du monde, apporte la démonstration de l'instabilité que peuvent provoquer des aliments trop chers dans les pays les plus pauvres. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a du reste appelé lundi la communauté internationale à apporter une assistance d'urgence pour remédier à cette situation potentiellement explosive. Le pain traditionnel, à la fois plat et rond, constitue l'élément de base du repas en Egypte. Les pénuries de pains subventionnés, vendus moins d'un centime d'euro pièce, entraînent la formation de longues files d'attente devant les boulangeries et, fatalement, des violences dans les quartiers les plus déshérités. Ces dernières semaines, au moins sept personnes ont trouvé la mort en attendant d'acheter leur pain. Selon la police, deux ont été tuées à l'arme blanche lors de rixes entre clients, les autres sont mortes d'épuisement.
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