ce sexe qui n'en est pas un
par Luce Irigaray
La sexualité féminine a toujours été pensée à partir de paramètres masculins. Ainsi l'opposition d'activité virile clitoridienne / passivité féminine vaginale dont parle Freud - et bien d'autres... - comme étapes, ou alternatives, du devenir une femme sexuellement « normale » semble un peu trop requise par la pratique de la sexualité masculine. Car le clitoris y est conçu comme un petit pénis agréable à masturber tant que l'angoisse de castration n'existe pas (pour le petit garçon), et le vagin tire son prix comme « logis » du sexe masculin quand la main interdite doit se trouver un relais pour le plaisir. Les zones érogènes de la femme ne seraient jamais qu'un sexe-clitoris qui ne soutient pas la comparaison avec l'organe phallique valeureux, ou un trou-enveloppe qui fait gaine et frottement autour du pénis dans le coït: un non-sexe, ou un sexe masculin retourné autour de lui-même pour s'auto-affecter.
Du plaisir de la femme rien ne se dit dans une telle conception du rapport sexuel. Son lot serait celui du « manque » de l' "atrophie « (du sexe)", et de - " l'envie du pénis " comme seul sexe reconnu valeureux. Elle tenterait donc par tous les moyens de se l'approprier : par son amour un peu servile du père-mari susceptible de le lui donner, par son désir d'un enfant-pénis de préférence garçon, par l'accès au valeurs culturelles de droit encore réservées au seuls mâles et de ce fait toujours masculines, etc. La femme ne vivrait son désir que comme attente de posséder enfin un équivalent du sexe masculin.
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